Article paru au journal Ouest-France

Annoncé en mai, le campus connecté commence tout juste à trouver sa place.

Malgré des débuts difficiles, l’équipe est motivée pour poursuivre l’expérimentation.

Retrouver les rues familières de Redon pour ses études supérieures ne faisait pas parti des plans de Damien Glo. En juin dernier, il franchit pour la dernière fois, les portes du lycée Saint-Sauveur. Il prépare un cursus au Québec, impatient. Une fois sur place, c’est la désillusion, le parcours ne correspond pas à ce que le jeune homme de 18 ans attendait. Dès le mois d’octobre, il est de retour à Maure-de-Bretagne, chez ses parents.

« Un défi »

Le néobachelier a bien du mal à trouver quoi faire de son année, maintenant qu’il a loupé le coche. Il se lance à l’IUT de Lannion, sans plus de succès. L’année sabbatique semble alors la seule solution, mais toute la famille s’inquiète. Et si ce décrochage menait à un arret définitif de ses études ?

Finalement, le voilà fin janvier, dans une salle de classe vide avec son ordinateur. Au travail. Grâce au campus connecté, il peut enfin faire sa rentrée et espérer valider une unité d’enseignement (UE) en calcul différentiel et intégral.

Chaque semaine, il pourra profiter de la présence d’un coach, dans les locaux du Campus E.S.P.R.I.T. Industries, en face du port de Redon. « Cet accompagnement est très important pour moi. J’ai eu mon BAC S mention assez bien, grâce à mes facilités d’apprentissages. Me retrouver seul à travailler, avancer sur les maths, c’est ce que je cherchais. Ça va être un défi », glisse l’étudiant.

Phase expérimentale

Damien est l’un des premiers cobayes du campus. Pourtant, le Ministère de l’Enseignement Supérieur a annoncé, en juin dernier, l’arrivée de ce dispositif à Redon et dans douze autres villes françaises. Après la joie de l’annonce, la mise en place fut plus compliquée. « Ce n’était pas dans Parcoursup et tout le monde avait déjà calé sa rentrée », pointe Magali Laigle.

Chargée de projet sur ce dispositf, elle prend son « bâton de pèlerin », et lance une communication locale. « Je suis allé à la rencontre de partenaires dans différents champs : la réinsertion, les maisons de l’emploi, la Mission Locale… ». Elle sème pendant des moins, convaincue. « Quand tout le monde sera dans la boucle, je pense que de belles choses en sortiront. »

Concrètement, l’ambition de l’expérimentation est « d’offrir une alternative aux personnes qui, par souci financier, d’organisation ou de mobilité, ne peuvent pas aller dans des villes universitaires pour poursuivre un enseignement supérieur. » Et c’est à destination de tous les âges, à partir du moment où le niveau bac est atteint.

Mais contrairement à une université où il suffit de feuilleter les formations proposées et d’en choisir une, ici, c’est à l’étudiant de venir avec son idée de formation. L’établissement doit ensuite se mettre en lien avec l’organisme (CNAM, CNED, universités…).

Côté financier, soit l’étudiant paye seul sa formation, soit il sollicite des aides. « Monter un dossier peut prendre un certain temps. C’est un frein », regrette la chargée de projet. Une salariée qui veut valider un module d’anglais pour des raisons professionnelles, un homme de cinquante ans qui se lance dans un master en communication à l’université de Montpellier, une dame qui rêve de devenir vétérinaire et va commencer par se remettre au niveau du bac, une jeune fille qui a essuyé plusieurs échecs, et veut obtenir un BTS management….

Les sept personnes reçues depuis le début de l’année ont des profils variés. Certaines attendent des financements, d’autres s’apprêtent à apprendre leur premier cours. Pour l’avenir du Campus, Magali Laigle reste optimiste. « Nous sommes dans une phase expérimentale. Mon travail, c’est de démontrer que ce qui est pensé au niveau national peut s’adapter au public de notre territoire. »

Audrey VAIRE.